Le remplacement est la porte d'entrée la plus courante vers l'exercice libéral pour une infirmière ou un infirmier. Vous soignez la patientèle d'un confrère pendant son absence, sous votre propre responsabilité, sans avoir à créer de cabinet. Pour exercer, il faut réunir trois éléments : l'expérience exigée, l'autorisation de l'Ordre et un contrat écrit. L'avenant 11 à la convention infirmière, signé le 31 mars 2026, ajoute un plafond d'activité qui s'appliquera à partir de 2028.
Les conditions pour remplacer un infirmier libéral
Selon l'Assurance maladie, le remplaçant doit remplir les conditions suivantes :
- être titulaire du diplôme d'État infirmier et inscrit au tableau de l'Ordre ;
- justifier de 18 mois d'activité professionnelle, soit 2 400 heures de temps de travail effectif, au cours des six années précédant la demande. Cette expérience doit avoir été acquise dans un établissement de soins, une structure de soins ou un groupement de coopération sanitaire ;
- détenir une autorisation de remplacement en cours de validité ;
- disposer de sa propre carte de professionnel de santé (CPS) pour la facturation ;
- ne pas exercer d'activité libérale conventionnée en son nom pendant la période de remplacement.
Si vous êtes salarié d'un établissement public, il vous faut aussi l'autorisation de votre employeur pour cumuler les deux activités. Sans elle, vous vous exposez à une sanction disciplinaire.
L'autorisation de remplacement
Un infirmier qui n'est pas installé doit être titulaire d'une autorisation de remplacement (article R.4312-83 du code de la santé publique). Elle est délivrée par le conseil départemental de l'Ordre auquel vous êtes inscrit, pour un an renouvelable.
L'Ordre conseille de lancer le renouvellement environ deux mois avant l'échéance, pour éviter une interruption. Le point compte : sans autorisation valable, vos cotisations sociales ne sont pas prises en charge par l'Assurance maladie, et la CPAM peut la demander au remplacé comme au remplaçant.
Les démarches auprès de la CPAM
Avant votre premier remplacement, ou si la caisse ne vous connaît pas encore, transmettez à la CPAM du lieu de remplacement :
À transmettre à la CPAM du lieu de remplacement
- Une copie de votre autorisation de remplacementEn cours de validité.
- L'adresse du cabinetOù se déroule le remplacement.
- Le nom de l'infirmier remplacé
- La période exacte du remplacementDates de début et de fin.
- Une copie de votre CPS
- L'indication d'un cabinet isolé ou non
En cas d'urgence, l'envoi peut intervenir jusqu'à 30 jours après le début du remplacement. Pour les remplacements suivants, seuls le nom du remplacé, les dates, l'adresse du cabinet et la mention de cabinet isolé sont nécessaires, plus l'autorisation si elle expire pendant la nouvelle période.
Les autres inscriptions : URSSAF et CARPIMKO
Le remplaçant exerce en libéral. Il se déclare à l'URSSAF dans les 8 jours qui suivent le début de son activité, même s'il n'a pas de cabinet : l'adresse déclarée est alors celle de son domicile. Il est ensuite affilié à la CARPIMKO, la caisse de retraite des infirmiers et des auxiliaires médicaux.
Le régime simplifié à 13,5 % proposé par l'URSSAF aux médecins remplaçants ne concerne pas les infirmiers. Vous relevez du régime des praticiens et auxiliaires médicaux, avec des cotisations calculées sur votre revenu. En 2026, la CARPIMKO prélève notamment 8,73 % pour la retraite de base jusqu'à 48 060 € de revenus, 8,70 % pour la retraite complémentaire sur une assiette comprise entre 24 030 € et 144 180 €, et un forfait invalidité-décès de 1 022 € par an.
Les honoraires rétrocédés sont des bénéfices non commerciaux (BNC). Prévoyez aussi votre assurance responsabilité civile professionnelle : en remplacement, vous agissez sous votre propre responsabilité.
Le contrat de remplacement infirmier
Un contrat écrit est obligatoire au-delà de 24 heures, ou pour des remplacements plus courts mais répétés (article R.4312-85 du code de la santé publique). Le remplacé et le remplaçant le transmettent chacun à leur conseil départemental de l'Ordre. L'Ordre met à disposition un contrat type, à compléter selon votre situation.
Les points à préciser dans le contrat :
| Clause | Ce qu'il faut préciser |
|---|---|
| Dates et motif | La période exacte et la raison de l'indisponibilité du titulaire |
| Rétrocession | Le pourcentage reversé au remplaçant et le délai de paiement |
| Indemnités de déplacement | Leur traitement dans le calcul de la rétrocession |
| Moyens mis à disposition | Le cabinet, le logiciel, le matériel et, le cas échéant, le véhicule |
| Résiliation | Les conditions si l'une des parties met fin au remplacement |
| Non-réinstallation | La renonciation éventuelle à la règle des deux ans |
En pratique, le titulaire reverse le plus souvent 90 à 95 % des honoraires au remplaçant infirmier et conserve 5 à 10 % pour les frais du cabinet. Il est conseillé de traiter à part les indemnités de déplacement. Le calcul est détaillé dans notre article sur la rétrocession d'honoraires.
Durée et règles du remplacement
- Le remplacement couvre la durée d'indisponibilité du titulaire. Il n'existe pas de durée maximale fixe : c'est l'absence du remplacé qui la définit (article R.4312-85). Un infirmier interdit d'exercer par sanction disciplinaire ne peut pas se faire remplacer pendant la durée de la sanction.
- Deux infirmiers au maximum en même temps. Un remplaçant ne peut pas remplacer plus de deux infirmiers simultanément, y compris dans un cabinet de groupe (article R.4312-83).
- Le titulaire cesse son activité infirmière pendant le remplacement, sauf urgence (article R.4312-84).
- Le remplaçant reprend la situation conventionnelle du remplacé. Il ne peut pas remplacer un infirmier déconventionné ou interdit de soigner les assurés.
- Après un remplacement de plus de trois mois, consécutifs ou non, le remplaçant ne doit pas s'installer pendant deux ans dans un cabinet où il serait en concurrence directe avec l'infirmier remplacé, sauf accord entre les parties notifié à l'Ordre (article R.4312-87).
Feuilles de soins et télétransmission
Les actes et honoraires sont enregistrés au nom de l'infirmier remplacé, et le remboursement des patients suit sa situation conventionnelle. Chacun reste responsable de la facturation de sa propre activité.
- En télétransmission, vous utilisez votre propre CPS dans le logiciel du cabinet : la feuille de soins électronique vous identifie comme auteur de l'acte.
- Sur papier, vous utilisez les feuilles de soins du remplacé : barrez son nom, inscrivez le vôtre et votre qualité de remplaçant, puis signez.
Ce qui change avec l'avenant 11
L'avenant 11 à la convention nationale des infirmiers a été signé le 31 mars 2026 et approuvé par un arrêté du 5 mai 2026, publié au Journal officiel le 6 mai. Pour les remplaçants, deux mesures sont à retenir.
- plafond de l'activité du ou des remplaçants, dans l'activité totale du remplacé
- 40 %
- honoraires hors dépassement de l'année précédente
- en cabinet isolé, après 63 ans ou en cumul emploi-retraite
- 50 %
- plafond relevé
- entrée en vigueur du plafond
- 2028
- vérifiez les volumes dès 2027
Un plafond d'activité à partir de 2028. L'activité du ou des remplaçants ne pourra pas dépasser 40 % de l'activité totale de l'infirmier remplacé. Le calcul porte sur les honoraires hors dépassement facturés l'année civile précédente. Le plafond passe à 50 % pour les infirmiers en cabinet isolé, âgés de plus de 63 ans ou en cumul emploi-retraite.
Certaines absences ne sont pas prises en compte dans ce plafond :
- congés annuels d'un mois ou plus ;
- congé maternité, paternité, adoption ou congé pathologique prénatal ou postnatal ;
- arrêt maladie d'au moins 15 jours ;
- formation professionnelle d'un mois ou plus ;
- responsabilités syndicales, ordinales ou territoriales durables.
C'est l'infirmier remplacé qui doit respecter ce seuil. Si vous remplacez régulièrement le même cabinet, vérifiez ensemble les volumes dès 2027.
Un meilleur accompagnement des débutants. L'Assurance maladie annonce un suivi renforcé de l'activité des remplaçants et un accompagnement à leur entrée dans la profession, notamment sur la nomenclature des actes (NGAP). Les modalités pratiques restent à préciser : renseignez-vous auprès de votre CPAM.
Trouver des remplacements
Les annonces se trouvent sur les sites spécialisés, les groupes d'infirmiers libéraux de votre département et auprès des syndicats. Le bouche-à-oreille compte beaucoup : un remplacement bien mené chez un titulaire en amène souvent d'autres dans le même cabinet ou la même maison de santé.
Du remplacement à l'installation
Le remplacement sert aussi à remplir les conditions de l'installation. Pour obtenir votre propre conventionnement, l'Assurance maladie demande 24 mois d'expérience (3 200 heures) en structure de soins, ou 18 mois en structure complétés par 6 mois de remplacement d'un infirmier conventionné (800 heures). Les étapes, le zonage et les aides sont détaillés dans notre guide de l'installation en infirmier libéral.
Une installation peut aussi commencer progressivement : quelques demi-journées de soins au cabinet, en gardant vos remplacements le reste de la semaine. Chez Via Sana, une journée par semaine dans un cabinet équipé coûte à partir de 340 € par mois à Paris (prix médian 399 €), 263 € en Île-de-France, 228 € à Lyon, 223 € à Bordeaux et 216 € à Marseille, TTC, ménage, maintenance et internet compris. Des créneaux à l'heure existent dès 12 €.
Le passage du remplacement à l'installation est un cap pour beaucoup de soignants libéraux. Ophélie Vitalbo, kinésithérapeute installée chez Via Sana, le décrit ainsi :
« S'installer en libéral quand on est kiné, aujourd'hui c'est hyper compliqué : se faire un réseau, trouver sa patientèle, trouver ses marques… »
Ophélie Vitalbo, kinésithérapeute et formatrice, installée chez Via Sana Paris 9. Lire son parcours
Pour une vue d'ensemble, consultez notre guide de l'installation en libéral.
Découvrir les cabinets à la journée près de chez vous
Sources (consultées le 20 octobre 2026) : ameli.fr, « Remplacement d'un confrère : conditions et démarches » (infirmier, 23 juin 2026) et « Installation : le conventionnement et les aides » ; ameli.fr, « Convention des infirmiers libéraux : un avenant structurant » (1er avril 2026) ; arrêté du 5 mai 2026 portant approbation de l'avenant n° 11 (JO du 6 mai 2026) ; code de la santé publique, articles R.4312-83 à R.4312-87 ; Ordre national des infirmiers, « Devenir infirmier remplaçant » ; La Ruche (CBA), « Avenant 11 : plafonnement du remplacement infirmier » (15 septembre 2026) ; OptiBNC, « CARPIMKO 2026 : cotisations » ; Medere, « Rétrocession d'honoraires » ; trouvermoncabinet.com, « Coworking médical : prix, avantages et acteurs en 2026 » (15 octobre 2026). Témoignage : Ophélie Vitalbo, kinésithérapeute installée chez Via Sana.
Cet article donne des informations générales. Il ne remplace pas l'avis de votre conseil départemental de l'Ordre, de votre CPAM ou d'un expert-comptable.
Vos questions fréquentes
18 mois d'activité, soit 2 400 heures de travail effectif, au cours des six dernières années, dans un établissement ou une structure de soins.
Le conseil départemental de l'Ordre des infirmiers auquel vous êtes inscrit. Elle est valable un an et renouvelable.
Le code de la santé publique ne fixe pas de durée maximale : le remplacement couvre la période d'indisponibilité du titulaire. À partir de 2028, l'activité des remplaçants sera plafonnée à 40 % de celle de l'infirmier remplacé, sauf exceptions.
Oui. Avant le premier remplacement, envoyez à la CPAM votre autorisation, votre CPS, le nom du remplacé, l'adresse du cabinet et les dates. En cas d'urgence, l'envoi peut se faire jusqu'à 30 jours après le début.
Oui, dans la limite de deux infirmiers simultanément, y compris au sein d'un cabinet de groupe.



.png)