Remplacement

Médecin remplaçant : le guide pour démarrer, de la licence à l'installation

Licence, contrat, URSSAF, CARMF, rétrocession : les démarches du médecin remplaçant, puis le passage à l'installation.
Victor Leclerc
Publié le
20/10/2026
•
9
min de lecture

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Devenir médecin remplaçant est souvent la première étape de l'exercice libéral. Vous soignez les patients d'un confrère, sous votre propre responsabilité, sans porter les charges d'un cabinet. Les démarches tiennent en peu d'étapes, à condition de les faire dans le bon ordre et dans les délais.

Qui peut devenir médecin remplaçant ?

Deux profils peuvent remplacer un médecin libéral.

Médecin théséInterne ou docteur junior
ConditionsInscrit au tableau de l'OrdreDeuxième cycle validé, nombre de semestres requis dans sa spécialité, licence de remplacement
Qui autoriseLe remplacé informe son conseil départemental de l'OrdreLe conseil départemental de l'Ordre du médecin remplacé
DuréeTemporaire, selon le contrat3 mois maximum, renouvelable

Dans les deux cas, le remplacement est personnel et temporaire. Vous exercez en lieu et place du médecin remplacé, dans sa spécialité, avec ses documents (ordonnances, feuilles de soins) que vous barrez en indiquant votre nom et votre qualité de remplaçant.

Les internes ne peuvent remplacer que dans la spécialité du DES qu'ils préparent. Une autorisation ne peut plus être délivrée au-delà de la troisième année qui suit la durée normale du troisième cycle, sauf dérogation (report de soutenance imposé par la faculté, par exemple).

La licence de remplacement : conditions et démarches

La licence de remplacement concerne les internes et docteurs juniors qui ne sont pas encore thésés. Elle atteste que vous remplissez les conditions de formation. Ce n'est pas une autorisation de remplacer : celle-ci est demandée à chaque remplacement par le médecin que vous remplacez.

Les conditions

  • Avoir validé l'intégralité du deuxième cycle des études médicales en France (ou un titre équivalent obtenu dans l'Union européenne).
  • Avoir validé le nombre de semestres de troisième cycle exigé pour votre spécialité. Ce nombre est fixé par décret et varie selon la spécialité. Vérifiez-le auprès de votre conseil départemental ou de votre département de médecine générale avant de déposer votre dossier.

Les démarches

  1. Choisir le bon conseil départemental. La demande peut être faite auprès de n'importe quel conseil départemental de l'Ordre, mais de préférence celui du lieu de votre faculté ou de votre CHU.
  2. Constituer le dossier. Le questionnaire de l'Ordre, la preuve de validation du deuxième cycle, un justificatif d'inscription en troisième cycle et le relevé de vos semestres de stage validés. Certains conseils demandent aussi des photos d'identité.
  3. Attendre les vérifications. Le conseil contrôle les conditions de moralité et l'absence d'état de santé incompatible avec l'exercice.
  4. Renouveler chaque année. La licence est valable un an. Plusieurs conseils départementaux fixent une échéance commune (par exemple le 30 novembre dans le Nord) : notez-la dès l'obtention.

Le contrat de remplacement : les clauses à vérifier

Un remplacement libéral se fait toujours avec un contrat écrit, transmis au conseil départemental de l'Ordre qui en vérifie la légalité. Le Conseil national de l'Ordre des médecins propose un contrat type : partez de ce modèle plutôt que d'un document rédigé de zéro. Les règles et les clauses sont détaillées dans notre article sur le contrat de remplacement médecin.

Les clauses à lire avec attention :

  • Les dates et la durée. Le remplacement est temporaire. Pour un interne, chaque autorisation couvre 3 mois au maximum.
  • La rétrocession. Les honoraires sont encaissés au nom du médecin remplacé, qui vous en rétrocède une part (le plus souvent 70 à 80 % en médecine générale). Il conserve le reste pour couvrir les frais de son cabinet, de son matériel et de son secrétariat. Le contrat fixe le pourcentage et le délai de paiement. Nous détaillons ce point dans notre article sur la rétrocession d'honoraires.
  • Les gardes et astreintes. Précisez si vous les assurez et à quel taux. Pour les gardes, la rétrocession est souvent de 100 %.
  • La clause de non-réinstallation. Depuis le décret du 27 juillet 2026, le contrat peut prévoir une clause qui limite votre installation à proximité du médecin remplacé. Vérifiez le périmètre et la durée.
  • L'assurance. Vous devez être couvert par votre propre responsabilité civile professionnelle (RCP).
  • Les outils. Accès au logiciel métier, à la carte de professionnel de santé du cabinet et au secrétariat.

Les 5 points à négocier avant de signer

  1. Le taux de rétrocessionEn distinguant consultations et gardes.
  2. Le délai de versement de votre rétrocession
  3. Le volume de patients attendu par jour
  4. Le périmètre et la durée de la clause de non-réinstallation
  5. L'annulation tardiveCe qui se passe, d'un côté comme de l'autre.

Statut et démarches administratives du médecin remplaçant

Le médecin remplaçant exerce en libéral : il a les mêmes obligations administratives qu'un médecin installé, avec quelques simplifications. Les études préparent peu à cette partie du métier. Comme le résume Selma Taouint, psychologue installée chez Via Sana : « Ce qui est dur en libéral, c'est qu'on n'est pas du tout formé à se lancer pendant les études : on sort, et on doit tout comprendre tout seul. »

Ordre et RPPS

Si vous êtes thésé, vous êtes inscrit au tableau de l'Ordre et disposez d'un numéro RPPS, l'identifiant national des professionnels de santé. Ce numéro figure sur vos documents de remplaçant.

URSSAF : régime simplifié ou régime classique

Vous devez vous déclarer à l'URSSAF dans les 8 jours qui suivent votre premier remplacement libéral. Deux options existent.

Régime simplifié (RSPM)Régime classique des praticiens
Pour quiRemplaçants exclusifs, sans autre activité indépendanteTous les médecins libéraux
Plafond19 000 € d'honoraires rétrocédés par an (taux de 13,5 %), puis 21,20 % jusqu'à 38 000 €Aucun
DéclarationMensuelle ou trimestrielle, en ligne, sur le service dédiéDéclaration annuelle de revenus et cotisations provisionnelles
Au-delà de 38 000 €Bascule vers le régime classique au 1er janvier suivantSans objet

Le RSPM regroupe vos cotisations en un seul taux calculé sur ce que vous encaissez réellement. C'est souvent le plus simple pour démarrer. Les taux et plafonds sont révisés régulièrement : vérifiez-les sur urssaf.fr avant de choisir. Nous détaillons l'inscription, les taux et des exemples chiffrés dans notre article URSSAF et médecin remplaçant.

CARMF : affiliation ou dispense

La CARMF est la caisse de retraite des médecins libéraux. L'affiliation est la règle dès que vous remplacez, sauf dispense. Pour 2026, un médecin remplaçant peut demander une dispense totale d'affiliation si ses revenus nets d'activité indépendante ne dépassent pas 15 000 € et s'il n'est pas assujetti à la contribution économique territoriale. La dispense n'est pas automatique : c'est à vous de la demander.

Assurance RCP

La responsabilité civile professionnelle est obligatoire pour tout médecin en exercice. En remplacement, vous agissez sous votre propre responsabilité : l'assurance du médecin remplacé ne vous couvre pas.

Carte CPS et feuilles de soins

Vous utilisez les feuilles de soins et le logiciel du médecin remplacé, en indiquant que vous êtes remplaçant. Pour la télétransmission, une carte de professionnel de santé de remplaçant est nécessaire : renseignez-vous auprès de votre caisse primaire.

Combien gagne un médecin remplaçant ?

Le revenu d'un remplaçant se calcule en trois étapes : honoraires générés, moins la part conservée par le titulaire, moins les cotisations.

Le taux de rétrocession. En médecine générale, le titulaire rétrocède le plus souvent entre 70 et 80 % des honoraires au remplaçant. Le taux dépend de la zone, de la présence d'un secrétariat, de la période et de l'urgence du besoin. Pour les gardes, la rétrocession atteint souvent 100 %.

Exemple chiffré (hypothèses affichées) :

D'une journée de consultations au revenu avant impôt

  • Honoraires générés750 €
  • Part conservée par le titulaire (25 %)− 187,50 €
  • Cotisations RSPM (13,5 %)− 75,94 €
  • Reste avant impôt486,56 €
Une journéeUn mois (12 jours)
Consultations25 à 30 €300
Honoraires générés750 €9 000 €
Part conservée par le titulaire (25 %)− 187,50 €− 2 250 €
Honoraires rétrocédés (75 %)562,50 €6 750 €
Cotisations RSPM (13,5 %)− 75,94 €− 911,25 €
Reste avant impôt486,56 €5 838,75 €

Sur cette base, un mois de 12 jours représente 6 750 € d'honoraires rétrocédés : le plafond de 19 000 € du taux à 13,5 % est atteint en moins de trois mois de cet ordre. Au-delà, le taux de 21,20 % s'applique. Ces chiffres sont une illustration : votre revenu réel dépend du nombre d'actes, des majorations, de votre taux et de votre fiscalité.

Trouver ses remplacements

Les remplacements se trouvent surtout par le réseau :

  • Les réseaux de votre faculté et les groupes de remplaçants de votre région.
  • Les syndicats et associations de jeunes médecins, qui diffusent des annonces et des contrats types.
  • Les URPS (unions régionales des professionnels de santé) et les plateformes régionales de mise en relation.
  • Les sites d'annonces médicales spécialisés.
  • Le bouche-à-oreille. Un premier remplacement réussi en amène souvent d'autres chez les confrères du même cabinet.

Docteur junior : ce qui change pour les remplacements

À partir de novembre 2026, les internes de médecine générale effectueront une quatrième année sous le statut de docteur junior. Ils exerceront en autonomie supervisée, trois à quatre jours par semaine, en cabinet, en maison de santé ou en centre de santé.

Les docteurs juniors peuvent, comme les internes, être autorisés à remplacer s'ils remplissent les conditions de la licence. Avant de planifier vos premiers remplacements, vérifiez auprès de votre conseil départemental comment cette quatrième année s'articule avec votre licence et vos disponibilités.

Et après ? Du remplacement à l'installation

Remplacer permet de découvrir plusieurs façons d'exercer avant de choisir la vôtre. Au bout de quelques mois ou de quelques années, trois voies s'ouvrent.

Les trois options

  • Continuer à remplacer. Vous gardez une grande liberté d'organisation, mais vous ne constituez pas votre propre patientèle.
  • Devenir collaborateur libéral. Vous exercez dans le cabinet d'un confrère avec votre propre patientèle, en lui versant une redevance.
  • Vous installer. Vous avez votre cabinet, vos patients et vos choix d'organisation.

S'installer progressivement

Un bail professionnel classique engage sur six ans. Une autre option consiste à ouvrir votre activité un ou deux jours par semaine dans un cabinet déjà équipé, tout en continuant vos remplacements les autres jours. Vous construisez votre patientèle à votre rythme, puis vous augmentez vos jours de présence.

À titre de repère, chez Via Sana, une journée par semaine dans un cabinet tout équipé coûte à partir de 340 € par mois à Paris (prix médian 399 €), 263 € en Île-de-France, 228 € à Lyon, 223 € à Bordeaux, 216 € à Marseille et 244 € à Lille. Ces prix sont TTC, ménage, maintenance et internet compris, sans pourcentage sur vos honoraires.

C'est le chemin qu'a suivi Rosina Pontois, psychologue installée au centre Via Sana de Sèvres :

« J'ai commencé par une journée, puis j'ai réservé d'autres jours en flex pour tester, et finalement j'en ai bloqué quatre. »
Rosina Pontois, psychologue (TCC et clinique du travail). Lire son parcours

Ce format laisse aussi de la souplesse une fois installé. Maxime Plaize, psychiatre, a pu déplacer son activité d'un arrondissement à l'autre :

« Les centres Via Sana permettent d'offrir une grande flexibilité : j'ai pu transférer mon activité du 11ème au 6ème arrondissement en un temps record. Mon temps de recherche d'un nouveau local a été inexistant. »
Maxime Plaize, psychiatre

Pour comparer les coûts de votre future installation, consultez notre guide de l'installation en libéral et notre article sur le statut juridique du médecin libéral.

Découvrir les cabinets à la journée près de chez vous

Sources (consultées le 20 octobre 2026) : Conseil national de l'Ordre des médecins, « L'interne ou le docteur junior remplaçant » ; Conseil départemental de l'Ordre du Nord, « Licence de remplacement » ; URSSAF, service médecins remplaçants ; CARMF, formulaire d'affiliation et brochure « Début d'exercice libéral » 2026 ; ReAGJIR, « Exercer en tant que médecin généraliste remplaçant » ; ARS Auvergne-Rhône-Alpes, « Docteurs juniors en médecine générale » ; trouvermoncabinet.com, « Coworking médical : prix, avantages et acteurs en 2026 » (15 octobre 2026). Témoignages : praticiens installés chez Via Sana (témoignages écrits et pages Expériences du site).

Cet article donne des informations générales. Il ne remplace pas l'avis de votre conseil départemental de l'Ordre, de l'URSSAF ou d'un expert-comptable.

Vos questions fréquentes

Un médecin remplaçant peut-il remplacer plusieurs médecins en même temps ?

Le remplacement est personnel : vous remplacez un médecin à la fois, pendant qu'il cesse son activité. Pour un exercice régulier aux côtés d'un confrère, d'autres cadres existent, comme le contrat d'adjoint ou la collaboration libérale. Interrogez votre conseil départemental pour votre situation.

Combien de temps peut durer un remplacement ?

Pour un interne ou un docteur junior, chaque autorisation couvre 3 mois au maximum, renouvelable. Pour un médecin thésé, le remplacement reste temporaire et sa durée est fixée dans le contrat.

Faut-il une assurance RCP personnelle ?

Oui. Vous exercez sous votre propre responsabilité, et l'assurance du médecin remplacé ne vous couvre pas.

RSPM ou régime classique : lequel choisir la première année ?

Si vous faites uniquement des remplacements et que vos honoraires rétrocédés restent modestes, le régime simplifié est souvent le plus lisible : un seul taux, calculé sur ce que vous encaissez. Au-delà de 38 000 € par an, vous basculez de toute façon vers le régime classique.

Peut-on remplacer sans être thésé ?

Oui, avec une licence de remplacement, si vous avez validé le nombre de semestres requis dans votre spécialité. Le médecin remplacé doit obtenir une autorisation de son conseil départemental pour chaque remplacement.

Comment déclarer ses revenus de remplaçant ?

Vos honoraires rétrocédés sont des bénéfices non commerciaux (BNC). Au régime simplifié de l'URSSAF, vous déclarez vos recettes chaque mois ou chaque trimestre ; vous les reportez aussi dans votre déclaration annuelle de revenus. Un expert-comptable peut vous aider à choisir entre micro-BNC et régime de la déclaration contrôlée.

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