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Maison de santé, centre de santé, cabinet de groupe, CPTS : quelles différences pour un praticien ?

MSP, centre de santé, cabinet de groupe, CPTS : statut, rémunération et engagements comparés pour choisir où exercer.
Victor Leclerc
Publié le
27/10/2026
•
9
min de lecture

Sommaire

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La différence tient d'abord à votre statut. Dans une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP), vous restez libéral et vous signez un projet de santé commun, transmis à l'agence régionale de santé (ARS). Dans un centre de santé, vous êtes salarié d'un gestionnaire, et le centre pratique le tiers payant. Un cabinet de groupe réunit des libéraux qui partagent un lieu, sans projet de santé obligatoire. La CPTS est une organisation territoriale qui coordonne des professionnels, sans lieu de consultation propre.

Pourquoi ces mots prêtent à confusion

Quand ils visitent un centre où plusieurs professions se côtoient, beaucoup de praticiens nous demandent si c'est « une sorte de maison de santé ». Ils posent souvent la question suivante juste après : est-ce que les professionnels sur place s'échangent des patients ?

Les deux questions se rejoignent. Le mot « pluridisciplinaire » décrit seulement la présence de plusieurs métiers dans un même lieu. Les termes « maison de santé » et « centre de santé », eux, renvoient à des définitions du code de la santé publique, avec des règles précises sur le statut des professionnels et leur financement. Avant de choisir où exercer, il faut donc savoir dans quel cadre vous entrez.

Qu'est-ce qu'une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) ?

L'article L6323-3 du code de la santé publique définit la maison de santé comme une personne morale constituée entre des professionnels de santé, auxiliaires médicaux et pharmaciens compris. Ces professionnels assurent des soins de premier recours, et parfois de second recours. Ils élaborent un projet de santé, transmis à l'ARS et signé par chacun d'eux.

Seules les structures qui ont élaboré ce projet peuvent se présenter comme une MSP. Selon l'ARS Île-de-France, l'équipe compte au moins deux médecins généralistes et un professionnel paramédical, et les professionnels y exercent à titre libéral. Le projet doit être partagé par toute l'équipe et cohérent avec les priorités de l'ARS.

La SISA et les rémunérations de l'ACI

Pour recevoir les financements de l'Assurance maladie, la MSP se constitue en société interprofessionnelle de soins ambulatoires (SISA). C'est la seule forme qui permet à la structure de percevoir ces sommes en son nom propre.

Ces financements relèvent de l'accord conventionnel interprofessionnel (ACI) du 20 avril 2017. Ils dépendent d'indicateurs, regroupés notamment autour de l'accès aux soins et du travail en équipe. Les points obtenus valent 7 € chacun. Selon ameli.fr :

Montant
Valeur du point7 €
Avance garantie, structure nouvelle12 000 € pour une année pleine
Rémunération minimale, structure nouvelle20 000 € pour une année pleine
Exemple : 4 000 patients, 16 professionnels, indicateurs socles atteints69 790 € par an
Indicateurs optionnels, même exempleJusqu'à 39 200 € supplémentaires

Source : ameli.fr

Cette rémunération est versée à la structure. Elle s'ajoute à ce que chaque professionnel facture à ses patients. D'après la MACSF, la SISA répartit ces sommes selon les parts de capital par défaut, et le plus souvent selon le temps que chacun consacre à la structure.

En 2026, un avenant n° 2 à l'ACI ajoute un volet optionnel lié au label France Santé, réservé aux MSP déjà engagées dans l'accord. Il comporte des engagements supplémentaires, dont 80 % des consultations de médecine générale au tarif opposable.

Qui peut en être membre ?

Toutes les professions ne peuvent pas devenir associées. La MACSF rappelle que les psychologues et les ostéopathes ne peuvent ni constituer une SISA ni la rejoindre comme associés ; ils peuvent y travailler comme salariés ou vacataires. Depuis l'ordonnance du 12 mai 2021, une SISA peut aussi employer des professionnels de santé salariés.

La Cour de cassation a précisé ce point le 13 novembre 2025 (pourvoi n° 24-18.125). Un ostéopathe ne peut pas être membre d'une maison de santé au sens de l'article L6323-3. Il peut toutefois participer à ses activités en signant le projet de santé, et exercer à titre libéral dans ses locaux grâce à une sous-location consentie par la SISA.

Qu'est-ce qu'un centre de santé ?

L'article L6323-1 du code de la santé publique définit les centres de santé comme des structures sanitaires de proximité qui dispensent des soins de premier recours et, le cas échéant, de second recours, sans hébergement.

Pour son financement conventionnel, il choisit entre le contrat type des structures pluriprofessionnelles et l'accord national des centres de santé.

Cabinet de groupe ou centre pluridisciplinaire privé

Ici, aucun texte ne définit une structure à part. Des praticiens libéraux partagent un lieu et parfois des frais. Chacun garde son activité. Aucun projet de santé n'est exigé, et la structure ne touche pas les rémunérations de l'ACI réservées aux MSP et aux centres de santé.

Pour les médecins, le code de déontologie fixe le cadre de l'exercice en groupe (article 93) : l'exercice reste personnel et chacun garde son indépendance professionnelle. Il n'existe aucune relation de subordination entre les médecins du groupe. Le libre choix du médecin par le patient doit être respecté.

Les frais communs (local et matériel, par exemple) passent souvent par une société civile de moyens. Comme le résume la MACSF, les honoraires et la patientèle restent propres à chacun. Notre article sur la SCM en détaille le fonctionnement, et celui sur le cabinet partagé rappelle les règles ordinales.

Une autre formule existe : louer un cabinet équipé dans un centre géré par un opérateur. Vous payez l'usage du cabinet, sans entrer au capital d'une société avec vos voisins.

La CPTS : un réseau territorial, pas un lieu

La communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) regroupe les professionnels d'un même territoire qui choisissent, à leur initiative, de se coordonner (articles L1434-12 et suivants du code de la santé publique). Elle réunit surtout des professionnels de ville. Des établissements de santé ou des acteurs médico-sociaux peuvent s'y joindre.

Selon l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur, la CPTS dépose son projet de santé pour validation par l'ARS, puis signe un contrat tripartite avec l'ARS et l'Assurance maladie. Ses missions socles portent sur l'accès aux soins (trouver un médecin traitant, par exemple), les parcours pluriprofessionnels, la prévention et la réponse aux crises sanitaires.

Vous exercez dans votre propre lieu, seul ou en groupe, et vous adhérez à la CPTS de votre secteur pour participer à ces actions collectives.

Tableau comparatif

MSPCentre de santéCabinet de groupe ou centre pluridisciplinaire privéCPTS
Statut du praticienLibéral (salariat possible via la SISA depuis 2021)SalariéLibéralLibéral ou salarié, selon le lieu d'exercice
RémunérationHonoraires, plus une rémunération ACI versée à la SISASalaire versé par le gestionnaireHonoraires uniquementCelle de votre lieu d'exercice
EngagementsProjet de santé signé, indicateurs ACIContrat de travail, tiers payant, pas de dépassementContrat avec les confrères ou l'opérateurParticiper aux missions du projet territorial
GouvernanceAssociés de la SISAOrganisme gestionnaireChacun pour son activité, règles communes au contratStructure propre, contrat avec l'ARS et l'Assurance maladie
Pour quiLibéral prêt à s'investir dans un projet d'équipePraticien qui veut un salaire et moins de gestionLibéral qui veut des confrères à côté sans projet imposéTout professionnel qui veut agir sur son territoire

Comment choisir où exercer ?

Quatre questions aident à trancher.

Voulez-vous rester libéral ? Si vous préférez un salaire et confier la gestion à un employeur, le centre de santé répond à cette attente. Si vous voulez fixer vos horaires et facturer vos actes, regardez du côté des MSP et des cabinets de groupe. Notre article sur le statut du médecin libéral détaille les options.

Quel temps donnerez-vous au collectif ? Une MSP vit de son projet de santé : la rémunération de l'ACI dépend d'indicateurs de coordination que l'équipe doit atteindre. C'est un engagement de long terme, qui passe par une entrée au capital de la SISA si vous devenez associé. Un cabinet de groupe demande moins, au prix d'un financement collectif absent.

Votre profession peut-elle être associée ? Psychologue ou ostéopathe, vous ne pouvez pas être associé d'une SISA. Vous pouvez travailler avec une MSP, mais à d'autres conditions.

Êtes-vous au début de votre installation ? Pour tester un quartier avant de vous engager, une formule souple, comme quelques jours par semaine dans un centre partagé, laisse le temps de voir. Notre guide de l'installation en libéral reprend les étapes, et notre article sur le temps partiel en libéral traite ce cas.

Et l'adressage entre professionnels ?

C'est souvent ce que les praticiens attendent d'un lieu partagé : pouvoir orienter un patient vers un confrère de confiance, et en recevoir en retour. Dans une MSP, la coordination fait partie du projet de santé. Dans un cabinet de groupe ou un centre pluridisciplinaire, elle naît de la proximité : on se croise, et l'on finit par savoir à qui confier un patient.

Deux règles s'appliquent partout. Le patient garde le libre choix de son professionnel. Le compérage est interdit : l'article R4127-23 du code de la santé publique le proscrit entre médecins comme avec les autres professionnels. Le commentaire de l'Ordre précise qu'une entente d'intérêts peut suffire à le caractériser, même sans paiement. Un adressage doit répondre à l'intérêt du patient.

Pour aller plus loin sur la constitution d'une patientèle, consultez notre article pour développer sa patientèle.

Exercer en libéral dans un centre pluridisciplinaire Via Sana

Les centres Via Sana sont des centres pluridisciplinaires privés. Ils ne sont ni des MSP ni des centres de santé : chaque praticien y reste libéral et garde sa patientèle. Le site indique un forfait mensuel fixe, sans rétrocession, et un réseau de 550 professionnels membres, avec qui échanger au quotidien.

Le contrat professionnel permet de rester des années avec un préavis de trois mois, réductible si Via Sana vous trouve un remplaçant. Il n'y a pas de frais d'installation, et le premier mois est payé au prorata des jours exercés.

Une journée par semaine coûte à partir de 340 € par mois à Paris (prix médian 399 €), 263 € en Île-de-France, 244 € à Lille, 228 € à Lyon, 223 € à Bordeaux et 216 € à Marseille, TTC, ménage, maintenance et internet compris.

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Sources (consultées le 27 octobre 2026) : code de la santé publique, articles L6323-1, L6323-1-3, L6323-1-5, L6323-1-7, L6323-1-10 et L6323-3, L1434-12 et R4127-23 ; Cour de cassation, 1re chambre civile, 13 novembre 2025, n° 24-18.125, commentée par Caducee.net (3 février 2026) ; ARS Île-de-France, « Créer une Maison de santé pluriprofessionnelle » (29 novembre 2023) ; ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur, page CPTS (26 janvier 2026) ; ameli.fr, « Quelles sont les structures de santé concernées par l'accord conventionnel interprofessionnel ? » (3 août 2022), « La rémunération forfaitaire des maisons de santé pluriprofessionnelles » (23 novembre 2023) et « Les structures de santé pluriprofessionnelles » (28 février 2023) ; Caducee.net, « ACI MSP : France Santé entre dans la mécanique financière des maisons de santé » (10 juin 2026) ; MACSF, « La SISA, ça consiste en quoi ? » (3 août 2023) et « Installation en groupe » ; Conseil national de l'Ordre des médecins, code de déontologie commenté, articles 23 et 93 ; trouvermoncabinet.com, « Coworking médical : prix, avantages et acteurs en 2026 » (15 octobre 2026) ; centreviasana.com, page d'accueil et page Services.

Cet article donne des informations générales. Il ne remplace pas l'avis de votre ARS, de votre CPAM, de votre Ordre ou d'un conseil juridique.

Vos questions fréquentes

Quelle est la principale différence entre une maison de santé et un centre de santé ?

Le statut du praticien. En maison de santé, vous exercez en libéral et facturez vos actes ; en centre de santé, vous êtes salarié d'un gestionnaire.

Un centre de santé pratique-t-il le tiers payant ?

Oui. Le code de la santé publique lui impose le tiers payant et lui interdit de facturer des dépassements d'honoraires (article L6323-1-7).

Un psychologue peut-il intégrer une maison de santé ?

Il ne peut pas être associé de la SISA, mais il peut y travailler comme salarié ou vacataire. Pour un ostéopathe, la Cour de cassation a admis la participation aux activités par la signature du projet de santé.

Une CPTS est-elle un lieu de consultation ?

Non. C'est une organisation de professionnels d'un territoire, avec un projet validé par l'ARS. Vous y adhérez en gardant votre propre lieu d'exercice.

Un cabinet pluridisciplinaire est-il une maison de santé ?

Pas forcément. Seule une structure qui a élaboré un projet de santé, transmis à l'ARS, peut se présenter comme une maison de santé.

Que finance l'ACI pour une maison de santé ?

Une rémunération versée à la SISA selon des indicateurs, notamment d'accès aux soins et de coordination. Le point vaut 7 €.

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